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Opéra du Sahel : Une volonté hollandaise, une création sous régionales

Depuis quelques jours, l’Opéra du Sahel que les Maliens commençaient à oublier depuis sa grande première au Palais de la culture au bord du fleuve Djoliba, est revenu sur le devant de la scène. A la faveur de l’arrestation et de l’incarcération de l’ensemble du personnel du bureau de l’Opéra du Sahel à Bamako, ce spectacle produit par la Fondation Prince Claus des Pays-Bas pour la culture et le Développement, en collaboration avec la République du Mali et le théà¢tre du Chà¢telet en France, mérite d’être présenté à nos lecteurs.

L’Opéra du Sahel a été mis en place pour réaliser un vieux rêve de son altesse Royale le prince Claus des Pays-Bas, décédé en 2002. Ayant vécu et travaillé pendant longtemps en Afrique, le Prince Claus considérait que la région du Sahel était le berceau d’innombrables talents dans le domaine de la danse, de la musique, du design et de la mode. De son vivant, il avait rêvé de créer un opéra africain composé et interprété par des personnes venant des pays du Sahel. Après son décès, la Fondation qui porte son nom a pris l’initiative de réaliser cet opéra. Dès le démarrage du projet, l’Opéra du Sahel a été voulu comme un spectacle de grande qualité auquel assistera un public nombreux en Afrique et ailleurs. Il a été aussi voulu comme un grand projet culturel dont l’impact sera durable. Il a été prévu que les artistes qui allaient travailler sur cette oeuvre devraient bénéficier d’une scène internationale. Les emplois générés devaient pouvoir faire valoir leur expérience, leur compétence et développer de nombreux partenariats. Cette activité devrait favoriser les échanges interculturels afin de permettre de valoriser l’infrastructure héritée de la production de l’opéra. Il a été prévu qu’après une tournée en Europe et en Afrique, l’Opéra du Sahel allait continuer son existence sur CD et DVD et devrait ouvrir la voie à un nouveau genre musical et à de futurs opéras africains.

Pour éviter toute ambiguïté, il a été clairement précisé que “la Fondation est le promoteur, l’animateur, le commanditaire et le responsable du résultat final”. Et pour la circonstance, une structure dénommée, fondation Opéra du Sahel a été créée. Elle est responsable de la production, de la tournée et de l’exploitation de l’Opéra du Sahel.

Une création Sahélienne

Notre pays a été retenu comme partenaire principal du projet de l’Opéra parmi les pays du Sahel que sont : La Mauritanie, le Cap-Vert, la Gambie, le Sénégal, la Guinée-Bissau, la Guinée Cona-kry, le Burkina Faso, le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Soudan. A cet effet, notre capitale a été retenue pour recevoir la première représentation de l’Opéra du Sahel. Michel Mavros, directeur et co-fondateur de Metissacana, avant son décès soudain en octobre 2006 coordonnait en Afrique l’Opéra du Sahel. Les ateliers en vue de l’Opéra se sont tenus en mars 2005, à l’école des sables de Toubab Dialaw au Sénégal. Le professeur Kwabena Nketia, directeur du centre international de musique et de danse africaines à Accra au Ghana et lauréat du prix Prince Claus en 1997 et Président du jury a proposé les compositeurs et l’équipe artistique pour la réalisation de la partie artistique de l’Opéra. Trois artistes talentueux de l’Afrique de l’ouest ont travaillé sur la composition de l’Opéra du Sahel. Le livret de l’Opéra a été écrit par le tchadien Koulsy Lamko et le sénégalais Wasis Diop. Zé Manel de la Guinée-Bissau a composé la musique. L’équipe artistique responsable de la production artistique était composée de Wasis Diop, régisseur musical ; Jean-Pierre Leurs à la mise en scène et à l’entraînement ; Germaine Acogny, à la chorégraphie et Oumou Sy du Sénégal pour les costumes.

Le casting et la sélection des acteurs, des chanteurs et des danseurs a eu lieu en avril 2006 dans les pays du Sahel. Cette opération a permis de retenir 80 artistes et musiciens. La production sera entièrement organisée et réalisée en Afrique. Les répétitions et la grande première auront lieu à Bamako. C’est à l’issue de ce travail de fourmi que le 17 février 2007, leurs Altesses Royales des Pays-Bas le Prince Constantin, la Princesse Laurentien, le Prince Friso et la Princesse Mabel, en compagnie des autorités maliennes et de nombreux invités, ont assisté à la première mondiale de “Bintou-Were, un Opéra du Sahel” à Bamako. Du 7 au 9 juin 2007, la première européenne a eu lieu à Amsterdam aux Pays-Bas pendant le “Holland Festival” et du 25 au 29 octobre 2007, la première française a eu lieu au théâtre du Châtelet à Paris. Cette comédie musicale se passe dans un village du Sahel. “Piégés par les catastrophes naturelles, les guerres et les dictatures, les jeunes sont désorientés et n’ont aucun espoir d’avenir.

Lassés de tout, ils décident de quitter leur pays et de s’attaquer aux murs qui séparent le Sahel de l’Europe. Bintou-Were était autrefois une enfant-soldat. Aujourd’hui, elle attend un enfant de l’amour. Accompagnée de quelques personnes rencontrées au cours d’une vie mouvementée, elle décide de traverser les barricades qui protègent les frontières du Maroc et de l’Espagne. Tous ceux qui revendiquent la paternité de l’enfant à naître pourront-ils bénéficier du droit d’asile ? En admettant que l’enfant ne naisse pas avant l’assaut périlleux des barbelés de Melilla. Toutes les couches sociales traversent cette odyssée moderne. Ceux qui sont engagés sur le chemin de l’exil croisent ceux qui rentrent au pays et ils se défient mutuellement à travers leurs chants. Du berger peul à l’apprenti délinquant incarcéré à plusieurs reprises, de la femme qui suit son mari à l’énigmatique passeur qui est la pièce centrale du puzzle…”. Telle est l’histoire de l’Opéra du sahel.

 

Assane Koné
Source: LE REPUBLICAIN