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Jocelyne Beroard, la grande dame du Zouk, trop rare en concert solo…

Evènement trop rare pour le manquer, Jocelyne Beroard, voix féminine du groupe Kassav’ va être le 16 juin prochain à la Cigale pour un concert unique en solo durant lequel elle interprétera les plus belles chansons de son répertoire issues de ses albums solos comme de celui de Kassav’.   Nous avons eu l’occasion d’échanger avec elle sur cette date, son statut de femme, de femme artiste et pilier de la musique antillaise.

Tu vas être en concert  solo à la Cigale le 16 juin prochain. Cela faisait longtemps que tu n’avais pas fait une grande salle parisienne seule. Est-ce que ce sont de rares « respirations » que tu apprécies ?

Me produire en solo me permet de revisiter mon répertoire et au public de découvrir ou redécouvrir certaines chansons laissées dans les tiroirs. Dans Kassav’, nous sommes quatre chanteurs, avant nous étions cinq. Un concert de deux ou trois heures, permet à chacun de chanter jusqu’à 5 chansons au maximum. Et nous avons tous de quoi tenir en scène individuellement sans même chanter toutes nos chansons respectives. Alors oui, c’est une respiration qui me remplit de joie.

Être la seule femme du groupe Kassav’, groupe qui a bientôt 40 ans, comment le vis-tu ? Tu n’as jamais eu envie de partir ? Pourquoi ?

Etre la seule femme n’a pas été un problème ni un avantage, c’était comme ça. Chacun avait sa place, sa fonction. Au début on disait que j’étais la maman, la grande sœur… je suis simplement la chanteuse du groupe qui participe à la vie du groupe qui est devenu ma seconde famille. Lorsque je choisis de faire quelque chose, je m’investis pleinement en pensant d’abord au groupe parce qu’on ne peut simplement attendre que les choses arrivent à nous sans y travailler. Oui bien sur… j’ai eu envie d’arrêter et je pense que chacun a eu cette idée en tête, non pas à cause du groupe, mais simplement parce que voyager tout le temps n’est pas nécessairement « une chance » comme le pensent beaucoup de gens, et ne pas avoir de vie privée est un manque intense quelques fois…

La disparition de Patrick Saint Eloi t’a  – comme le reste du groupe – profondément touché. Quels meilleurs souvenirs gardes-tu de lui ? Laquelle de ses chansons aimes-tu le plus ?

J’ai toujours du mal à dire quelle chanson j’aime le plus de celui ci ou celui là. Je crois que globalement, le répertoire des chanteurs de Kassav’ est si varié et riche qu’il est plus facile de dire quelles sont les chansons qu’on aime le moins que celle qu’on préfère. Et c’est valable pour les chansons de Patrick où les mélodies et textes ne laissent pas indifférent. De même que les souvenirs. Patrick était attachant, sensible et je le considérais comme mon frère. J’ai du mal à dire quel souvenir est le meilleur. C’est lui tout entier que je garde.

Tu as sorti ton premier album solo en 1986 – 3 an après ton entrée officielle dans le groupe. Comment as-tu vécu ce premier « bébé musical » ?

Ce fut un grand bonheur car tous mes copains compositeurs du groupe se sont concentrés pour m’offrir des titres superbes et sur sept chansons je chante encore aujourd’hui six de cet album. J’étais très angoissée car je ne devais pas faire moins fort qu’eux. Les filles n’étaient pas sur le devant de la scène, les albums d’hommes étaient les plus attendus. Kassav’ m’a portée au devant de la scène alors que j’étais au départ choriste, en me donnant des titres à interpréter, Mové Jou, Pa bizwen palé… et d’autres femmes en ont profité pour oser aussi et l’album des Zouk Machine est sorti en juillet quelques mois avant le mien, puis celui de Tanya St Val en décembre 1986, en même temps que le mien. Les femmes ont enfin eu leur place sur la scène musicale des Antilles. Mon album a séduit et j’avais pleinement ma place au sein du groupe.

Tu as été une des premières femmes antillaises à chanter les joies, peines, désirs, frustrations de tes compatriotes féminines  et tu as ouvert  des portes aux générations d’artistes suivantes. Comment vis-tu aujourd’hui le fait d‘être un symbole, un pilier de la musique antillaise ?

Je le vis simplement parce que j’ai conscience de représenter quelque chose pour les gens qui le disent. On ne fait jamais l’unanimité. Et comme je le confie juste avant, la démarche de Kassav’ avec moi, a permis aux autres femmes de briller également, j’y ajouterai Edith Lefel. Donc je considère que nous sommes plusieurs de cette époque à être des piliers. Sans doute parce que nos chansons reflètent notre identité et que le Zouk a été fédérateur.

Dans les années 80, le milieu musical était plutôt machiste. Comment as-tu réussi à t’y imposer ?

En restant moi même, c’est à dire une femme qui n’a pas séduit avec des artifices mais en étant sincère et vraie. J’ai eu la chance d’être bien entourée, j’ai donné et j’ai reçu. Le leitmotiv de Kassav’ était d’aller vers l’excellence et ne pas perdre de vue que ce que nous avions était précieux, c’est ce que j’ai appris avec eux, et c’est ce que nous pratiquons encore.

D’ailleurs dans le contexte de l’affaire Weinstein et du #balancetonporc, as-tu été confronté à des comportements inappropriés ? Comment as-tu réagi si c’est le cas ?

Pas du tout. J’ai très vite appris, avec mon éducation, que ton attitude peut entraîner des réactions négatives, alors j’ai fait en sorte que la musique soit l’essentiel et je crois aussi que dans un groupe, il vaut mieux ne pas mélanger les choses pour la survie du groupe. C’était aussi leur façon de penser, alors comme le dit Pierre Edouard, le respect a été le ciment pour que l’amour trouve sa place ensuite.

Tu mènes aussi des actions sociales et humanitaires, que ce soit en Antilles  ou en Afrique. Comment arrives-tu à palier cela avec ta carrière d’artiste ?

Très facilement. Les gens qui me sollicitent savent que ma vie n’est pas de tout repos. Donc j’étais active et le suis encore lorsque c’est possible et selon l’urgence.

Tu honores toujours de ta présence –  et cela depuis des années – le festival Ti Kreyol. Que représentent les actions de cette association pour toi ?

Crédit photo : Happy Man Photography
Crédit photo : Happy Man Photography

Ti-Kréol est un concept créé par Danielle René Corail qui tenait à offrir aux enfants de chez nous la culture de chez nous, et chaque année c’est un spectacle, sous forme de comédie musicale avec des adultes et des enfants, qui leur sont offert. J’ai adoré celui que j’ai vu et lui en ai fait part, elle m’a invitée à rejoindre la troupe. A la création de Ti-Kréol, souvent nos enfants se retrouvaient à chanter les comptines françaises alors que nous avons des comptines chez nous que la radio ne passe quasiment pas. Disney prenait le dessus avec Pocahontas et toutes les gamines s’identifiaient aux princesses venues d’ailleurs. Si les enfants ont besoin de rêves alors pourquoi ne pas leur donner aussi des rêves couleur locale pour équilibrer ? Car nous avons conscience qu’il n’est pas simple de combattre des géants puissants financièrement, lorsque chez nous, la culture ne persiste que parce que les artistes se battent vraiment pour cela avec leur petits moyens. C’est quasiment du militantisme. Il fallait continuer à les nourrir des musiques et des contes de chez nous, et je ne pouvais qu’adhérer considérant que cette démarche allait de pair avec celle de Kassav’.

Tu as un lien fort avec le continent africain, je me trompe ? Tu y as mené des actions pour lesquels tu as été décorée, tu as de nombreux duos et collaboration avec des artistes du continent… Peux-tu nous en dire plus ?

Lorsque j’étais étudiante à Caen dans le Calvados, j’ai rencontré et eu des amis de plein de pays différents d’Afrique. L’Afrique m’a toujours attirée, sans doute parce que lorsque j’ai découvert que l’image qu’on m’en donnait était fausse, réduite à des cases, pirogues et palmiers, l’envie d’en savoir plus s’est imposée. Plus je découvrais plus ma curiosité grandissait ainsi que mon amour pour cette terre d’où viennent mes aïeux. J’ai eu son amour en retour…

Il t’arrive de temps en temps de prendre la casquette de comédienne : Siméon, Neg Maron, Le Gang des Antillais, Rose et le Soldat, Le rêve français … Etre actrice est quelque chose qui t’attire… ? Pourquoi ?

Lorsqu’on chante on dit un texte et si l’expression n’y est pas, beaucoup de gens passent à côté de l’émotion que transporte ce texte. On est donc un peu comédien et les réalisateurs s’en rendent compte, je pense. Au lycée, je jouais déjà avec des amies dans des pièces de théâtre. J’aimais ça. Le cinéma ou le théâtre font donc partie des choses qu’il me plait de faire. C’est à chaque fois un challenge, rentrer dans un personnage et réussir à faire le public oublier qui on est pour ne voir que le personnage qu’on incarne. Je n’ai pas eu la chance de prendre des cours de comédie mais il n’est pas exclut que j’aille apprendre encore pour mieux le faire. J’ai pour habitude de dire qu’il faut apprendre quelque chose de nouveau chaque jour. Ça fait partie de mes projets… Bien sur je n’ai plus le physique pour jouer un rôle de jeune et jolie, mais les mamans, tantes ou grand-mères existent aussi dans les films. C’est une autre respiration.

Que peux-tu nous dire sur le concert à venir. Quel répertoire vas-tu y interpréter ? Y –aura-t-il des invités ?

Je ne veux pas trop en dire. Venez voir c’est plus simple, j’y ai répondu en partie dans la toute première question.

Quel sera ton programme cet été ? Travail ou vacances ?

Travail pour le concert des 40ans du groupe, le penser pour le réaliser, travail pour mes concerts en solo prévus et travail pour ce livre qu’il me faut finir, les vacances me semblent être en points tillés….

 

Michèle Beltan

SOURCE: beyon.fr
Lire l´article sur le site de l´auteur : https://beyon.fr/jocelyne-beroard-la-grande-dame-du-zouk-trop-rare-en-concert-solo/