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MICHÈLE BELTAN «Je suis une personne curieuse et avide de connaissances»

Label Manager à Believe Digital, 15 ans déjà qu'elle travaille dans la musique de manière directe ou indirecte.

Miche?le BELTAN est la responsable des labels de distribution digitales des artistes, des labels et des producteurs africains et caribŽens au sein de Believe Distribution Services, plus connu sous l«appelation de BELIEVE DIGITAL. Son travail consiste ˆ aider ˆ distribuer, gŽrer et optimiser les catalogue (albums, singles, EP, mixtapes, VidŽoclips) sur les diffŽrentes plates-formes de ventes (ITunes, Weezer, Spotify, YouTube etc..), ˆ Žtablir des stratŽgies de sorties digitales efficaces.

KONECT: Bonjour Michèle et merci de nous accorder un peu de votre temps MICHÈLE BELTAN: Merci, c’est un honneur pour moi ! KONECT: D’où vous vient cet attrait pour la musique et la culture afro ?

MICHÈLE BELTAN: Mon attrait est venu en plusieurs phases : dès l’âge de 6 ans et jusqu’à ma majorité, tous les 3 ans, grâce au travail de mère qui était fonctionnaire et bénéficiait des congés bonifiés*, nous partions 2 mois en vacances aux Antilles, durant lesquelles nous profitions bien sûr de la plage mais nous visitions aussi des lieux touristiques et historiques liés à l’esclavage : distilleries, anciennes habitations, lieux de vies de Noirs marrons etc. et donc liés à l’Afrique. Des artistes africains comme Aurlus Mébélé, olivier N’Goma, Extra Musica faisaient aussi partie des discographies des familles antillaises… A 11 ans, ma mère voyant mon attrait pour l’histoire de mes ancêtres, nous a payé un voyage au Sénégal, mon premier sur le continent qui fut fortement marqué par la visite de Gorée. Au lycée j’ai lu avec grande attention le “Cahier d’un retour au Pays natal” d’Aimé Césaire et me suis intéressée à son combat avec Senghor et les étudiants noirs de son époque… Vers l’âge de 19, 20 ans durant les études supérieures à Lille je fréquentais les étudiants gabonais et sénégalais qui m’ont initié aux spécialités culinaires et aux soirées afro, aux histoires et situations de leurs pays… Et quand j’ai été programmatrice à TRACE j’ai pu découvrir un plus grand panel d’artistes et de musiciens… Comme dit l’adage, “pour savoir qui l’on est, il faut savoir d’où l’on vient” ! Et l’Afrique fait partie de moi !

KONECT: Votre parcours est assez impressionnant, pour avoir plusieurs cordes à votre arc, lesquels de toutes ces activités vous a le plus passionnées et quelles en sont les raisons ?

MICHÈLE BELTAN: C’est vrai que quelque part, je suis une hyperactive ! Je suis une personne curieuse et avide de connaissances et des opportunités se sont présentées… Mais je pencherais pour mes activités journalistiques, car c’est ce que j’ai toujours voulu faire ! dans un premier temps dans le cinéma. J’adorais décrypter les sens cachées des films, comprendre leur réalisateurs et les messages qu’ils voulaient faire passer… Je voulais devenir la nouvelle Isabelle Giordano*! (Rires !) J’ai orienté mes études secondaires dans ce sens et le fait de faire des recherches, des enquêtes, de rencontrer, d’interviewer et d’avoir les réactions en directs en tête à têtes de personnalités de tous bords (littérature, musique, sport, santé…) et enfin de les coucher sur papier pour les partager avec d’autres a toujours été un plaisir!

KONECT: Vous êtes une pionnière dans la diffusion et programmation des clips par le canal de TRACE TV que vous avez intégré assez tôt, comment percevez-vous aujourd’hui l’évolution des vidéogrammes en Afrique particulièrement ?

MICHÈLE BELTAN: La donne a fortement changé avec l’arrivée de YouTube qui a permis de pouvoir regarder les clips de manière plus autonome autrement que par la télévision, ce qui a ces avantages : l’accessibilité à un niveau international, mais aussi ses inconvénients : moins de contrôle… Ce que je pourrais déplorer aujourd’hui est le fait, pour beaucoup, de véhiculer des clichés qui ne reflètent pas la réalité de ceux qui les regardent… Vous me direz que ça fait rêver, mais aux yeux de la jeunesse, des artistes sont de véritables modèles qui ne sont pas toujours ceux à suivre… Certains prônant par exemple une image de la femme claire de peau, aux cheveux lisses ou du bad boy avec des armes, avec un étalage de bijoux en or, dans des grosses cylindrées comme le font les Américains. Mais le contexte social n’est pas le même, il y a un gros décalage et cela entretient des comportements qui ne font pas évolués les choses dans le bon sens…

KONECT: D’après votre grande expérience, la culture noire a-t-elle maintenant une meilleure présence dans les médias qu’auparavant, quelles en sont les indicateurs ?

MICHÈLE BELTAN: Pour ne parler que de la France, la représentativité a évolué. On peut voir aujourd’hui sur les grandes chaînes nationales et du câble et satellites des reporters et journalistes noirs, comme Karine Guiock qui récolte une très bonne audience en tant que présentatrice de journal de M6 pour ne citer qu’elle. Les annonceurs publicitaires aussi font apparaitre plus de diversité dans leurs spots qu’il y a une vingtaine d’année… Omar Sy aussi en tant que personnalité préférée des français a beaucoup fait évoluer les choses aussi je pense… Pour ce qui est de la musique des artistes comme Princess Erika,Kassav’, Zouk Machine, Manu Dibango, Magic System, Amadou et Maryam, Alpha Blondy et j’en oublie, ont connu de grands succès en France. Mais il faut admettre que des artistes comme Stromae ou Maitre Gims ont récemment amené une africanisation de la musique française et ouvert une brèche à des Keblack, Naza, Dadju, Aya Nakamura etc… En littérature on peut penser aussi aux succès de Alain Mabanckou, ou encore Leonora Miano, Fatou Diomé. Mais pour ce qui est de la culture noire au sens plus large c’est à dire sur l’histoire des peuples, pas vraiment…Peut-être plus en radio ? je pense à France Culture mais qui est écoutée par un public plus élitiste… Il y a eu des tentatives télévisuels grand public ces dernières années à travers des productions de films et téléfilms sur l’histoire des Antillais comme “Rose et le soldat”, “Le rêve français” ou encore “Nos patriotes” sur les tirailleurs sénégalais, mais cela reste rare… C’est plus sur internet que se sont développés des sites, chaînes YouTube et blogs spécialisés que ce soit sur la mode, la coiffure, la danse, la musique, l’histoire.

KONECT: Quelle perception avez-vous de l’univers médiatique en Afrique, avez-vous déjà travaillé avec certains médias basés sur le continent ?

MICHÈLE BELTAN: je ne le connais pas assez pour en parler désolée… 🙁 les médias pour lesquels j’ai pu travailler même s’ils traitaient de l’Afrique comme Amina ou Black Beauty Mag sont installés en France…

KONECT: Férue de littérature et lecture, vous vous êtes lancée dans une formation de lecteur-correcteur en 2009, c’était quoi l’objectif de cette nouvelle direction dans vos choix ? Et quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui veulent épouser une carrière dans la rédaction d’articles ?

MICHÈLE BELTAN: Si c’est vraiment ce qu’ils veulent faire, il faut s’accrocher ! Malgré les orientations que l’on me préconisait – qui n’étaient pas celles que je souhaitais suivre ! – j’ai gardé le cap vers ce que je voulais faire, tant bien que mal. Je n’avais pas le niveau pour une école de journaliste pas grave ! J’ai fait une école de communication. J’ai fait des stages rémunérés ou non dans des rédactions, des services de communications, j’ai envoyé des propositions de piges à des dizaines de magazines et c’est comme cela que j’ai pu collaborer durant des années avec le magazine Miss Ebène ! Aujourd’hui, il faut vraiment en vouloir car c’est une situation assez précaire d’être pigiste ! il faut en avoir plusieurs et régulièrement pour se faire un salaire décent. Un regret : ne pas avoir pu en vivre. Mais en parallèle de mes différents emplois principaux, cela ne m’a pas empêché de continuer à piger sur mon temps libre… J’ai fait le choix de faire cette formation car je l’ai vu comme un moyen de perfectionner mon statut de rédactrice. On y apprend a éviter les fautes de grammaire et d’orthographe et à respecter les règles de la langue française, mais aussi son histoire, son évolution, ses origines. Pour une curieuse comme moi c’était passionnant ! Et puis pour une personne qui écrit c’est, pour moi, indispensable de le faire correctement. C’est en faisant mon stage de validation de la formation dans une maison d’édition – grâce à laquelle d’ailleurs j’ai découvert Averroès*- que je me suis posée la question d’en faire ma nouvelle profession… Mais l’opportunité Believe s’est présentée à moi et vous connaissez la suite !

KONECT: Label Manager à Believe Digital ; quel rôle essentiel jouez-vous dans la structure ?

MICHÈLE BELTAN: je suis responsable des labels de distribution digitales des artistes, labels, et producteurs africains et caribéens. Je les aide à distribuer, gérer et optimiser leur catalogue (albums, singles, EP, mixtapes, Vidéoclips) sur les différentes plates-formes de ventes (ITunes, Deezer, Spotify, YouTube etc..), à établir des stratégies de sorties digitales efficaces…

KONECT: Votre carnet d’adresse vous facilite-t-il le contact avec différents partenaires ? MICHÈLE

BELTAN: Mon carnet d’adresse m’aide beaucoup car je l’ai construit dès que j’ai commencé à travailler dans la musique il y a bientôt 15 ans. J’ai noué de véritables relations de confiance avec beaucoup d’artistes et producteurs que j’ai connu dès le début. Certaines personnes sont même devenues des amis et ont eux-mêmes évolué dans leur carrière…Des artistes sont devenus des producteurs ou managers, des stagiaires sont devenues journalistes, d’autres directeurs d’antennes, producteurs de films, attachées de presse d’anciens collègues sont devenus programmateurs, chroniqueurs…. Donc ça aide oui !

KONECT: Avec Believe Digital, quels sont vos futurs projets ?

MICHÈLE BELTAN: Believe envisage de jouer un rôle plus important auprès des artistes, labels et producteurs africains. Nous distribuons déjà depuis de nombreuses années un catalogue important de musique africaine mais plutôt ancien, rétro oserais-je dire. Aujourd’hui nous allons plus essayer d’aider les nouvelles générations et en prenant en compte les difficultés du terrain (internet moins accessible, utilisation de de forfaits prépayés, de liquidités plutôt que la carte bleue…). Nous voudrions réussir à aider les artistes à se faire connaitre au-delà des frontières de leur pays voir du continent. Nous sommes conscients que la concurrence est déjà sur place depuis 2 ans environs, c’est un vrai challenge mais vous l’avez compris en voyant mon parcours, ça ne me fait pas peur, bien au contraire ! (Rires !)

KONECT: Si vous avez un rêve à réaliser, ce serait lequel ?

MICHÈLE BELTAN: j’adorerais pouvoir faire le tour du monde et découvrir le plus possible de pays, cultures, sociétés, styles de vies différentes, afin connaitre nos ressemblances et nos différences pour mieux comprendre le genre humain!

KONECT: Merci Michèle, votre avis sur le projet KONECT ?

MICHÈLE BELTAN: Merci pour votre intérêt pour ma petite personne ! (Rires !) Le Project Konect est un produit de qualité qui joue un rôle important dans la diffusion d’une information de valeur sur la musique et la culture africaine. Il en faudrait plus comme cela ! Bon travail !

 

SOURCE : KONECT AFRICA
Lire l´article sur le site de l´auteur : https://konect.africa.com/michele-beltan-je-suis-une-personne-curieuse-et-avide-de-connaissances/