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Affaire des Primes détournées de l’Armée malienne: La hiérarchie militaire tente d’étouffer le scandale

Après la parution de notre article relatif au détournement de primes des militaires (voir Le Sphinx N° 782 du 05 Juin), le général Ibrahima Dahirou Dembélé, le ministre de la Défense et des Anciens combattants, fit un communiqué dans lequel il ordonne « à la hiérarchie militaire des faire toute la lumière sur ces allégations » et promet « qu’aucune malversation ne restera impunie. »

De quoi donner espoir à tous ceux qui sont soucieux de finir avec les malversations de fonds occasionnés par l’adoption de la loi d’orientation et de programmation militaire de 2015.

L’enquête au point mort

Nous avions annoncé que le procureur Mamoudou Kassogué du pôle économique et financier a ouvert une enquête ; cependant, nous sommes en mesure d’affirmer que l’enquête n’évolue pas, malgré les efforts du procureur. Le ministère de la défense refuse tout simplement de coopérer – chose que la loi lui permet de faire. Le Statut Général des Militaires adopté en 2016 met le personnel de l’armée à l’abri des poursuites judiciaires, et crée de fait une cloison étanche face aux enquêtes de la justice civile. Et d’après nos sources, les faux bulletins concernent également les militaires morts sur le champ de bataille. Leurs salaires continuent à être payés, mais pas aux familles éplorées.

Et l’enquête interne, promise par le ministre de la défense, est simplement inexistante. Elle est pourtant très simple à mener. Les états de salaires remontent jusqu’à 2015 ; une simple vérification entre les bulletins délivrés, ceux gardés dans le registre des paiements et les états du Trésor va lever le voile sur ces différences. Le travail de recherche des fraudeurs ne devrait pas être compliqué non plus.

Selon nos radars, la hiérarchie militaire a voulu confier l’enquête au service du Renseignements militaire avant de tourner casaque pour la confier à l’inspection générale de l’Armée beaucoup moins pointilleuse que le RM.

Toujours selon nos radars, à l’État-major des armées, les deux militaires cités dans notre article – les adjudants Brahima Goro et Sayon Keita – ont été convoqués par les enquêteurs. Au lieu de questions sur l’origine des bulletins ou autre point permettant de cibler la source de la fraude, les enquêteurs ont plutôt proféré des menaces à l’encontre des deux militaires. Ils auraient, toujours d’après nos sources, écopé chacun de 2 mois de punition pour…divulgation de secrets militaires. (Ne riez surtout pas)

Porteurs de mauvaises nouvelles

Goro et Keita sont donc embastillés pour avoir dénoncé la plus grande fraude de l’histoire de l’armée malienne. Le « secret militaire » que Goro et Keita ont dévoilé est tout simplement leur bulletin de salaire ; le document le plus personnel qu’un individu possède dans le cadre de sa fonction. Et la loi du travail au Mali est très claire – tout employeur est tenu de délivrer (au moment de la paie) un bulletin individuel à l’employé. Le dit-document devient sa propriété privée. Il peut, de ce fait, le fournir à toute autre entité privée pour prouver emploi et rémunération ; comme, par exemple, dans l’obtention d’un prêt immobilier ou d’équipement. Qualifier ce document de « secret militaire » n’est pas seulement absurde, mais une insulte à l’intelligence collective de la nation.

166 milliards de détournés en 3 ans

S’il est vrai que la divulgation de leurs bulletins de salaires, sans leur aval par « Le Sphinx » -ce qui n’est pas le cas- pouvait constituer une faute de notre part, Goro et Keïta, par contre, ont le droit d’user de leurs bulletins de salaire comme ils veulent parce que c’est leur propriété privée. Ils n’ont commis aucune faute au regard de la loi fut-elle militaire.
Comme l’a si bien écrit votre journal préféré, les deux militaires ont constaté l’existence en leur nom de deux bulletins de paie de montant différent chaque mois. L’un émis par le commissariat des armées dont le net à payer est constamment supérieur à l’autre de 90. 000 CFA. Sollicités, plusieurs frères d’armes ont, à leur tour, constaté la même magouille.
Le seul crime des deux vaillants soldats a été de dénoncer, pas auprès du « Sphinx » mais bien auprès de l’Association malienne de lutte contre la délinquance financière dirigée par Moussa Ousmane Touré, lequel a sollicité à son tour votre journal préféré.
En infligeant une sanction à Goro et Kéïta, la hiérarchie militaire ne veut-elle pas anticiper sur d’autres dénonciations. Tout au moins, elle aurait dû attendre le résultat des enquêtes prouvant le contraire pour sévir. Cette sanction hâtive sans fondement juridique n’a qu’un seul et unique objectif : intimider ceux qui ont eu le courage de dénoncer ces magouilles qui existent dans notre armée depuis plusieurs années.

Les énormes détournements faits au niveau de la Loi d’orientation et de programmation militaries ne se limitent pas qu’aux seuls achats d’équipements militaires.

Selon nos estimations, rien que sur les salaires, le montant du préjudice est d’au moins 44 milliards et pourrait aller jusqu’à 166 milliards de FCFA d’ici décembre 2020 ; la fourchette étant large à cause de l’incertitude sur l’étendue de la fraude. En moyenne, nous chiffrons à 92 668 FCFA le montant mensuel de primes qui disparaissent pour chaque militaire, hormis les officiers. De 2017 à ce jour, et sur la base de 10.000 militaires déployés sur le terrain nous arrivons au chiffre de 44 milliards ; et bien plus, si on remonte aux années précédentes. Et si on va du principe que 30% de la masse salariale de 553 milliards de FCFA a alimenté cette fraude (cumulée de 2017 à 2020), on arrive au chiffre astronomique de 166 milliards.

Panique au sein de la Muette

Cette dénonciation faite par Goro et Kéïta a dû foutre une véritable panique, les salaires des hommes de rang ne sont pas encore faits au moment où nous mettons sous presse (28 juin, Ndlr) alors que d’habitude la paie se fait aux alentours du 20 de chaque mois.
Selon nos radars, après le virement des salaires des officiers dans leur compte respectif, plusieurs millions sont restés sans destinataires. Le ministre de l’Économie et des Finances alerté par des agents du Trésor, aurait demandé de ne plus faire les salaires par tranche, mais de virer le salaire de tout le monde – sous-officiers, hommes de rang- en même temps pour voir le montant du préjudice subi par le contribuable malien chaque mois.

« Le Sphinx ». dénonce et dénoncera toujours la corruption, la kleptomanie financière qui font de notre pays l’un des plus corrompus au monde avec sa kyrielle de néo-milliardaires. Le seul triste record de celui qu’un de ses amis a fait connaître sous la vulgate de “kankélétigui” a pu battre;
Notre spécialiste de la dénégation, de la pirouette et de l’oxymoron, est devenu au cours de ses 7 années de magistère, le “Kantiamatigui”. Véritable boulanger, il roule tout le monde dans la farine, n’hésitant pas de dire une chose et son contraire dans la seconde qui suit.
On peut voler à satiété le contribuable malien pourvu qu’on ne touche pas à son pouvoir. Les officiers supérieurs qui se nourrissent sur la bête sont obligés de le protéger pour que la rapine continue.

A.K.S et A.D