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Puanteur de la trahison

Quand le combat politique se dévie du champ indiqué des idées et des projets pour tomber dans les scènes privées de la vie des animateurs, il y a lieu de se désoler de la férocité de la scène politique malienne. A-t-on perdu de sujet d’intérêt national au point de rendre virales des images d’une fête privée pour capter l’actualité déjà surchargée ? N’a-t-on pas déjà suffisamment d’enjeux sociaux et politiques voire sanitaires qui doivent mobiliser toutes nos énergies au lieu de ce spectacle éhonté visant à affaiblir un adversaire en utilisant les éléments de la confiance mutuelle.

Karim Keita, Député à l'Assemblée Nationale du Mali. Président de la Commission Défense Nationale, de la Sécurité et de la Protection Civile. Crédit photo © Boub´s SiDiBÉ.

Si les images sont peu réjouissantes pour la société puritaine malienne, l’acte délibéré de nuire à autrui en abusant de sa confiance est tout autant choquant. La confiance ne se donne pas à tout-va et quand elle est donnée, elle scelle un pacte de sang visible ou invisible qu’il ne sied nullement de trahir. La confiance est un trait inhérent aux personnes soumises à Dieu qui dans son Livre Saint commande de fuir les traites dans la sourate Les butins (verset 8, sourate 58).

Ceux qui s’adonnent à ce jeu infestent le champ politique où tout est certes permis mais, ne s’accommode pas de l’avilissement. On peut en vouloir au président de la République et tenter de l’abattre par tous les moyens mais quand on est né malien avec les valeurs qui fondent notre société, il y a un tri que la conscience impose dans les moyens à utiliser pour combattre un adversaire. Partout où la vie privée a été instrument de combat politique, elle a laissé des traces de regret sur la conscience collective. Qui n’a pas regretté la fuite des images de l’idylle entre la princesse Diana et son ami anglo-égyptien Doddi qui va précipiter le couple dans la tragédie la plus retentissante de la planète à la fin du XXème siècle ? Que dire du drame qui a emporté le merveilleux couple formé par la princesse Stéphanie de Monaco et Daniel Ducret suite à la diffusion par malveillance d’images de scène privée de ce dernier avec Fily Houteman ? Encore la méchanceté au bas de la ceinture quand on force John Edward, candidat favori des démocrates américains en 2008 au retrait de sa candidature et au divorce d’avec sa femme après plus de 30 ans de mariage ! Nul n’oublie le regrettable feuilleton de Monicagate qui a tenu en haleine les USA mettant sous les feux des projecteurs la vie d’un homme que le monde admire sans égard ni pour sa femme ni pour sa fille ou sa famille. Après l’avoir écrit sous le coup de la colère par vengeance, Valérie Trieweiler concède son regret après la vague mondiale des conséquences de son livre « Merci pour ces moments » qui a détruit une carrière de 40 ans d’action au service de la France. Tout cela était parti des photos publiées par inimitié sur les réseaux ; encore la vie privée d’un homme politique comme arme de combat ! Il est nauséabond ce qu’a fait Alexandra Taddéo à un homme qui lui a donné sa confiance, Benjamin Griveau !

Homme politique, député élu démocratiquement, Karim Keïta que je n’ai jamais côtoyé, est un animateur de la scène publique. Attaquer ses idées, le confondre sur ses projets, critiquer l’orientation de son action politique, est ce qu’il y a de plus normal en politique et des plus décents dans un monde où on se veut des gens de bonne compagnie. Il en est tout autrement quand on en vient à le combattre par le truchement de sa vie privée qui est, en tous les points, à dissocier de sa vie publique. L’histoire regorge de ces trahisons qui ont blessé des animaux politiques voire les abattus. J’en ai cité ci-haut sans épuiser les exemples. C’est par les siens que vient le coup de poignard. Et ça devient plus touchant quand on connait l’origine et le dessein.

Etre fils du président n’exclue pas la qualité d’homme normal avec ses envies, ses folies, ses raisons, ses « envers et revers »… L’agressivité de cette attaque en dit long sur les intentions bassement destructrices des auteurs qui ne sont pas à chercher à Diapaga … mais juste là, oui, là on ne s’attendait pas. Que Karim ait utilisé les fonds du Trésor public pour cette passade, il est toujours possible de lui faire rendre tripes et boyaux sans s’en prendre à son intimité. Pas besoin de mélanger les genres ; nous sommes un peuple civilisé. Même au plus vil des hommes qui commet des vénalités, on ne s’en prend pas de cette façon dès lors que ses forfaitures sont menées dans la discrétion. On n’humilie pas un être humain !

Pas besoin d’aimer Karim dont le nom suffit à lever des bataillons de confrontation, mais le soutenir dans la défense de sa vie devient un devoir car le tour peut vite arriver à chacun d’entre nous. On est peut-être la prochaine cible ; c’est pourquoi sans ambages, il incombe de condamner cet acte ignoble qui n’honore ni la politique ni notre pays solidement fixé sur les valeurs de la pudeur et du respect de la vie privée. Puisque l’Arche regorge de tous les fruits et que tout le monde veut en gouter à satiété, Karim se doit de discerner parmi les candidats au voyage ceux qui, contre vents et marées sauveront le navire du naufrage de ceux qui l’abandonneront à la première vague.

Moussa Cissé