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COTE D’IVOIRE : Le très secret message de Noël de Bédié à Ouattara

Alerte du 28/12/20 à 9 h 40 - Henri Konan Bédié a longuement appelé Alassane Ouattara le 24 décembre. Les deux hommes sont convenus de revenir à la table des discussions. Une rencontre est prévue début janvier.

Alors que le Tout-Abidjan jure qu’ils ne se parlent plus, le chef de l’État ivoirien Alassane Ouattara et son principal opposant Henri Konan Bédié, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), ont en réalité renoué le dialogue la veille de Noël, après quatre semaines d’une relation mouvementée.

C’est Henri Konan Bédié qui a pris l’initiative de téléphoner à Alassane Ouattara, le jeudi 24 décembre, en fin d’après-midi. En amont de la conversation, plusieurs amis communs des deux hommes avaient été sollicités pour préparer le terrain et s’assurer que le président ivoirien serait au bout du fil et prêt à discuter. Et, de fait, si la conversation a commencé par un traditionnel échange de vœux de Noël, les deux hommes sont très vite entrés dans le vif du sujet et ont abordé la réouverture du dialogue politique et la question des élections législatives qui se tiendront au printemps.

L’alliance avec Gbagbo toujours d’actualité

Sur ce point, bien que le PDCI ne se soit pas encore officiellement prononcé sur le sujet, la formation aurait d’ores et déjà acté en interne son intention d’y prendre part. Le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo a, pour sa part, annoncé le 23 décembre qu’il participerait au scrutin. S’il a renoué avec Ouattara, Bédié n’a toutefois pas remis en cause son alliance avec Laurent Gbagbo dont le retour en Côte d’Ivoire ne devrait pas intervenir avant fin janvier.

La conversation téléphonique entre Bédié et Ouattara est intervenue trois jours après l’ouverture officielle du dialogue politique avec l’opposition le 21 décembre par le premier ministre Hamed Bakayoko. Le but de cette initiative est d’arriver à un accord sur la réforme de la Commission électorale indépendante (CEI), posée comme un préalable aux législatives. Organe clé des élections, la CEI est régulièrement dénoncée par l’opposition comme un instrument du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti présidentiel.

Le sort des prisonniers de l’opposition au cœur des discussions

Outre les élections législatives, Bédié et Ouattara ont longuement parlé du sort des militants de l’opposition emprisonnés après les violences qui ont émaillé la présidentielle du 31 octobre. Le cas du président du FPI, Pascal Affi N’Guessan, détenu depuis plus d’un mois et demi, a notamment fait l’objet d’échanges

approfondis. A la suite de cette conversation, la présidence ivoirienne devrait réaliser plusieurs gestes en faveur des membres de l’opposition sous les verrous.

Henri Konan Bédié a par ailleurs remercié Alassane Ouattara au sujet de Maurice Kakou Guikahué. Le secrétaire exécutif du PDCI, emprisonné depuis mi- novembre, a été transféré en France en urgence dans la nuit du 19 au 20 décembre. Une opération qui a été directement supervisée par le médecin de la présidence ivoirienne Mamadou Diaby. L’ensemble des frais de son évacuation a été pris en charge par l’Etat ivoirien.

Une opportunité pour Ouattara

Après sa conversation avec Bédié, Ouattara a partagé sa satisfaction avec son entourage le plus proche. Il serait dorénavant déterminé à renouer définitivement avec son ancien allié. Pour acter cette réconciliation “durable”, les deux hommes ont programmé une rencontre durant la première quinzaine du mois de janvier. Ils ne s’étaient plus vus depuis leur très médiatique rencontre du 11 novembre au Golf Hôtel d’Abidjan, mais avaient un temps maintenu un contact téléphonique.

Le retour de Bédié à de meilleurs sentiments vis-à-vis d’Alassane Ouattara arrive à point nommé pour le président ivoirien, qui doit s’adresser à la nation le 31 décembre pour ses traditionnels vœux de fin d’année. Une occasion qu’il devrait saisir pour largement mettre en scène la “réconciliation nationale” après des derniers mois très tendus. De son côté, Bédié n’exclut pas d’appeler Ouattara le 1er janvier pour lui souhaiter un joyeux anniversaire.